Se préserver ?
Cela faisait de longues minutes qu’il se pressait derrière lui. Ils étaient nus, accolés l’un dans l’autre en position fœtale, surexcités et très entreprenants. Il le savait offert, avide de lui. Il voulait tellement lui faire l’amour, ils en crevaient tous les deux. A force de se chauffer, de se frotter, le liquide séminal abondant, la pénétration avait fini par se faire naturellement, sans gêne, sans douleur, sans heurt.
Mais pas sans risque. Il n’avait pas mis de capote. Cette protection avec laquelle il a tant de mal, qui lui coupe tout, qui l’empêche de satisfaire son partenaire. Cette fois le sujet n’avait même pas été abordé, tout s’était fait sans calcul, sans penser.
Ce fut intense, ce fut fulgurant. Il jouit en lui. Et lui jouira juste après. Ils s’endormiront comme ça, dans cette même position.
Par la suite, ils abordèrent le sujet avec décontraction. Après le plaisir d’évoquer l’acte et sa jouissance brute, il fallait bien soulever le problème du SIDA. Le risque qu’ils ont pris. Ce qui était idiot, pensait-il, c’était qu’ils avaient prévu de faire le test ensemble, d’ici une quinzaine de jours. Lui-même était certain d’être séronégatif : il s’était fait tester quelques semaines auparavant, et il n’avait eu qu’un seul partenaire depuis, et un seul acte à risque, donc, avec lui. Un seul. Mais un suffit, il en était conscient.
L’autre lui disait qu’il n’y avait pas à s’en faire. Oui, son ex avec qui il a eu son dernier rapport non protégé il y a six semaines est un cavaleur, mais il lui fait confiance, il n’est pas du genre à oublier le préservatif. Certes, mais il n’a pas confiance en cet ex, lui, il ne le connaît pas, lui… et quand bien même : personne n’est à l’abri d’une pratique à risque. Personne. La preuve.
Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’ils allaient se séparer avec perte et fracas avant d’aller faire le test ensemble sous quinze jours. Résultat ? Il doit désormais attendre deux mois avant d’aller faire un test tout seul. Et encore, les tests ont progressé depuis le temps, avant c’était trois mois, lui a confirmé son médecin. Deux mois à douter. Deux mois à avoir peur. Deux mois de risque. Deux putain de mois.
Il se dit qu’il a été vraiment trop con. Je lui confirme : tu es très con. Parce que le SIDA ça ne s’oublie pas. La capote ça ne s’ignore pas, ça ne se rejette pas. Même si ce n’est pas la panacée lors des rapports, même si tu la supportes difficilement.
Aujourd’hui, c’est la Journée Mondiale CONTRE LE SIDA, c’est l’occasion de rappeler tout ça, au travers d’un témoignage d’un mec assez con pour prendre le risque une fois. Une seule et unique fois suffit, ne l’oublie jamais.
Il me regarde, l’air con… comme son acte. Je vois dans ses yeux la détresse, même s’il fait le fier, le brave, qu’il se doit d’assumer seul et de patienter courageusement ces longues semaines jusqu’à savoir enfin.
Je le prends dans mes bras. Et je le serre de toutes mes forces.

01/12/05 - 17:30
Savoir, c'est déjà se soigner ...
yomot