*Le Combattant*
J’étais présent, ce jour là. Le jour où il s’est arrêté. Malgré l’élan, malgré la motivation, la vocation, l’envie. Il titubait, il souffrait, alors que ces énergies le traversaient encore, vacillantes, mais toujours présentes, brûlantes. Et puis, je le vis tourner la tête, sans peur, étrangement, étranger. Il se mit à regarder derrière. Le chemin parcouru. C’était l’heure du bilan. Là, il se rendit compte : il s’était bien battu. Il avait cravaché, il avait cru, il avait voulu, il avait fait, il avait défait, il avait refait. Non sans erreurs, non sans maladresses, souvent plus grosses que lui. Mais il avait fait, il avait été, il avait vécu.
Et ensuite, il fronça les sourcils. Il réalisait ce qu’il avait traversé. Le nombre de personnes qui se sont dressées le long d’un chemin tout tracé. Les obstacles, toujours plus nombreux, toujours à la chaîne. Et ces gens, et ces événements, et ce Destin, absolu, fatal, immuable… et ces choix. Mais en sont-ils vraiment, des choix ? Lui, il avait sciemment choisi de ne pas lâcher le morceau. Jamais. Il avait choisi de se battre, il avait choisi de prendre les commandes, de mener la barque, envers et contre tout ce et tous ceux qui osaient prétendre, montrer, démontrer, faire le contraire, défaire, opposer, détruire, repousser, limiter.
Reste qu’il a perdu. Oui, c’est aussi ça, s’arrêter : constater. Car cet élan, cette motivation, cela masquait une peur irrépressible de voir que, malgré le beau et long combat… il est possible de perdre. Là est la force du bilan, en lui-même : là, c’est être courageux : arrêter d’avoir ce soit-disant courage. Cette rage. Maintenant, il regarde… et il découvre qu’il n’a pas réussi. Il contemple l’échec dans toute sa splendeur.
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Enfin, je le vois se tourner vers moi. Il sourit, malgré la douleur. Il me regarde, les yeux embués, les lèvres sèches, éclatées. Il articule des mots, maladroitement. Il me parle. Le temps des remerciements est venu. Merci de lui avoir permis d’en apprendre autant sur lui-même. Merci de lui avoir montré qu’il ne suffit pas d’en vouloir, dans tous les sens du terme, pour parvenir en un seul morceau à la suite de son aventure. Merci d’avoir tant mis à l’épreuve et au défi, d’avoir fait croire à l’impossible, puis au possible, pour arriver au néant, pour l’anéantir, et pour ne pas y être parvenu, finalement.
Merci d’avoir montré ce que c’est d’être un Battant. Merci d’avoir montré, dans la foulée, ce que c’est d’être aussi Con de vouloir se battre contre tous. Ses ennemis, ses amis, ses proches, les autres, l’autre, lui-même. Se battre contre tout : le temps, la destinée, la fatalité et leur ironique immobilité. Et ce, afin de n’aboutir à rien. A rien de ce qu’il comptait obtenir, achever, construire, forger. Aimer.
Merci d’avoir fait de lui un Combattant.
Je le regarde. Alors qu’il semble un peu perdu, hagard, résigné, je lui souris à mon tour. Je le caresse des yeux, je le rassure. Je le guide. Tourne la tête dans l’autre sens, le Combattant. Reprends ta route, désormais. Reprends ces rennes que tu n’as su mener comme il fallait. Reprends ton combat. Il est tien, et personne n’aura su te le retirer. Cesse de croire en la Victoire : on ne se bat pas pour gagner, tu sais. On se bat, on souffre, on sourit parfois, on pleure un peu, on aime aussi, parce que c’est ainsi que l’on trace son chemin, le Combattant. Jusqu’au bout, c’est ainsi que tu vivras et que tu survivras.
En combattant.

19/11/05 - 23:56
Je vous aime bien monsieur Clx. Je ne sais pas si je vous l' ai déjà dit alors je le dis là, maintenant.
Ce que vous racontez me touche beaucoup car je l' ai aussi vecu.
pheel