"ça va ?"
Ok. Alors je vais faire un (long) article sur le sujet, histoire de cracher un peu ce qui me torpille à l’intérieur, et accessoirement de répondre à la-dite question. Je ne supporte plus que l’on vienne me la poser, me l’écrire, cette question et ses variantes. Elle vient la plupart du temps comme mécanique, comme formule de politesse, d’usage et nombre de ceux qui la posent se tamponnent royalement de la réponse. J’ai des pulsions ces derniers temps, j’ai comme une envie d’éclater ceux qui me la posent. Quand elle vient sincèrement et de personnes qui connaissent un temps soit peu ma situation, elle sonne comme le glas… que vais-je répondre ? Je suis sincère, ou je suis poli, pour ne pas mettre mal à l’aise ? Je fais comme d’hab’, je masque le truc ? Mais ça se voit tellement que ça va mal, on ne cesse de me le dire... ça se lit sur ma gueule, dans mes mots, mon ton, mes humeurs, mes yeux, mes actes… ras-le-bol : je vais répondre ici à cette fichue question et ma réponse sera désormais dans ce journal, basta.
Comment je vais ?
Je vais comme un mec qui, il y a trois petits mois de ça, a dû tirer un trait sur onze ans de vie commune avec l’homme qu’il avait réellement envisagé comme étant l’Homme de sa Vie. Je vais comme un mec qui a pris quelques affaires, ses ordis, de quoi dessiner, pour monter sur Paris et squatter chez différents amis, sans domicile fixe, sans attaches, en laissant derrière lui tous les biens en commun, la maison, la bagnole, les animaux, en attendant de pouvoir se retrouver lui-même et de voir comment gérer ce passé, une fois le présent reconstruit.
Je vais comme un mec qui, depuis, cherche un boulot dans sa branche, fixe, avec un salaire suffisant pour vivre à Paris et des garanties afin de pouvoir se prendre un appart meublé, être enfin chez soi, ne plus avoir à faire chier ses amis, à quémander de l’aide, à être dépendant de qui et de quoique ce soit.
Je vais comme un mec qui, sans le chercher, a rencontré quelqu’un qui lui a fait redécouvrir qu’il avait une libido, des sentiments, une sensualité, des besoins physiques, tendres, extrêmes, surpuissants, démesurés. Je vais comme un mec dont l’ex a fait une tentative de suicide aussitôt qu’il a découvert cela, après avoir fouillé dans ses affaires persos, et qui en a réchappé de justesse, alors que, oui, il voulait vraiment crever. Je vais comme un mec qui a vu la beauté de la relation naissante avec cet inconnu, le premier depuis 11 ans, depuis cet ex suicidaire, se muter en un fiasco monumental, édifié sous le sceau de l’incompréhension, des malentendus et de l’ironie des événements, des sentiments et de son ex, à lui aussi.
Je vais comme le type qui a appris dans la foulée que l’ancien mec de sa Vie, qui a donc voulu se tuer *par Amour*, a entretenu au moins une relation avec un autre, virtuelle, depuis un an. Comme quoi, TOUT finit par se savoir, mais la souffrance est déjà telle que ça ne fait même pas plus mal…
Je vais comme un mec qui depuis ces trois dernières semaines n’arrive plus à surmonter tout ça, qui se dit que ça fait vraiment BEAUCOUP pour une seule personne en aussi peu de temps, comme quelqu’un qui a perdu le cap, à qui on a brisé les ailes, si difficilement déployées. Je vais comme un type qui s’est retrouvé noyé sous un flot de rage, de haine et de sentiments tellement négatifs, si loin de lui, qu’il se retrouve pétri de tout et de son contraire, du bon et du mauvais, incapable de discerner correctement les choses, d’appréhender les événements et les gens de manière rationnelle.
Je vais comme un homme qui s’est perdu, qui a pris tout son élan pour aller de l’avant le plus vite possible et qui a atterri au milieu de nulle part. Et ce, alors qu’il est, paradoxalement, entouré de gens, il est dans un lieu familier, amical, mais il ne comprend plus ces personnes, cette Vie, les amis, les copains, sa mère, il ne se comprend surtout plus lui-même, il en vient à se prendre la tête avec rien, avec tout, avec eux, avec elle, avec lui, avec qui ?
Je vais comme un mec tellement bouleversé, meurtri, en quête d’il ne sait même plus quoi, ni comment, qu’il ne sait plus comment agir, comment ramer, comment nager. Un pauvre type dont l’humeur est si changeante au fil des heures de chaque foutue journée que ça le crève et qu’il n’ose plus faire un pas vers qui que ce soit, quoique ce soit. Je vais comme un gars qui se dit qu’il vaut mieux s’isoler pendant un moment, ne plus communiquer, ne plus irradier à ce point son mal être afin de préserver les autres et les quelques relations qui lui restent.
Je vais comme un type dont l’esprit et le cœur sont tellement tordus et torturés qu’ils incarnent malgré eux les bourreaux d’un corps qui flanche et se vide de jour en jour, de nuit en nuit, malade, faible, inutile.
Je vais comme un créatif à la ramasse, qui n’arrive plus à rien faire de bien, qui dessine sans conviction, sans vie, sans inspiration, mais par nécessité, comme un mec qui se doit de bosser, de trouver du boulot, mais qui n’a le goût à rien, qui n’est intéressé par aucune offre qu’il trouve quand il arrive à se décider d’en chercher.
Je vais comme un mec qui n’arrive absolument pas à verser une larme alors que cela serait la meilleure chose à faire quand on en arrive à être aussi pathétique… en être réduit à écrire pareil article et le poster. Je vais comme un mec qui voudrait qu’on le frappe pour qu’il pleure, qu’il vomisse enfin cette merde, qu’on le baffe pour qu’il se réveille de ce cauchemar, qu’on lui fasse mal encore et toujours, mais physiquement cette fois, pour que cessent enfin ses souffrances intérieures… mais y a-t-il des douleurs physiques aussi insupportables ?!?
Je vais surtout comme un mec qui ne va pas rester à s’apitoyer sur son pauvre sort, puisqu’il y a bien plus grave en ce Monde. Comme un Homme qui veut garder la tête haute, déterminé à s’en sortir et qui de toute façon n’a pas le choix : crever sur place à tourner en rond, fixé sur son passé, son présent pourris. Ou bien TOUT entreprendre, malgré l’ironie du Sort, de cet enculé de Destin, du Temps qu’il se devrait de prendre, mais qui ne passe JAMAIS assez VITE, tout entreprendre malgré les obstacles, malgré les gens, pour continuer à avancer coûte que coûte. Alors j’avance. Seul. Mais j’avance.
D’autres questions ?
23/08/05 - 18:17
est ce que tu baises ?
kafarnaum